Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /Mars /2010 00:29
Ce que nous évoquions tous deux, lorsque nous en parlions, c'était ceci : Il doit bien exister quelque part, une femme, au-delà de toutes les femmes. Au-delà même de l'idée que nous en avons.

Nous échangions, durant de longues soirées ; durant des nuits entières. Échafaudant des plans, exprimant des théories ; violant les codes ; méprisant les usages. Faisant fi de ces craintes ancestrales qui poussent les autres à n’être que des ombres dans les ténèbres.

Dans les fumées de tabac blond et de résines obscures, dans les vapeurs d’alcools savants, nous élaborions des plans. Nous fomentions le plus terrible des complots. Nous conspirions à l’avènement d’une Ève nouvelle.

Nous étions, vibrant de ce frisson qui monte des fesses jusqu’à la nuque, le long de la colonne, extatiques.
Lui cherchait de toutes parts, essayait des peaux, testait des âmes, expérimentait ses spéculations, certain de trouver, et découvrant -bien entendu- ce qu’il voyait comme des ébauches. Il embrassait.
Moi, j’attendais, sur la rive. Ni résigné, ni fataliste. Les bras ouverts.
Lui était acteur du monde ; j’étais spectateur, (huit années de solitude avaient eu raison de mes gestes).
Lui s’efforçait de trouver l’étincelle du vice qu’il imaginait présente en chacune. J’allais jusqu’à nier ce concept ; je parlais de l’éducation et de la liberté. Il pensait que c’était pure perte de temps. Je voyais ça jubilatoire. Lui chercheur ; moi professeur.

Un soir, une nuit, nous nous tournions vers le désert. Une silhouette apparue. Nous étions alors en mesure de nommer notre abîme : Lilith.

Alors, lui, à l’encre et à l’aiguille, fît marquer ce nom sur son épaule. Moi, j’avançais dans l’ombre parfumée d’une chevelure dense, et brune, et perdu je tremblais.



Nous étions, il y a vingt ans.

Et corps, et âme, nous allâmes à notre quête, jusqu’à l’anéantissement.

Lui, mon Ami, le 5 février 2000, dans une chambre d’un hôtel de Phnom-Penh, au Cambodge. (J’ai vu son corps froid et gris sur le lit de la morgue -et le tissu dans sa bouche).

Moi, son Ami, le 29 juillet 2006, dans une chambre d’un hlm de La Rochelle, en France. (J’ai vu mon corps blanc et maigre sur le lit de l’hôpital -et la plaie sur la tête).



Aujourd’hui, je commence à peine à comprendre. Et je lis Le Retour de Lilith (1).

Aurions-nous pu exister si elle était venue à notre rencontre ? Aurions-nous eu le courage d’être dévastés, autrement ?

Aujourd’hui encore, lequel d’entre nous est en mesure de l’accueillir ?
Joumana HADDAD le sait, sans doute : Il faut que le cycle se referme. Que l’erreur soit enfin réparée.
Que la fin soit le commencement.
Qu’Il se réveille en ayant oublié qu’Il est Dieu.


Aujourd’hui, mes cheveux ont repoussés. J’ai refusé de coudre mes paupières. Mes vertèbres c6/c7 se frôlent douloureusement à chaque instant. J’ai fait le choix de mon chemin, et j’ai marqué ma peau, à mon tour.
Je reviens à la matière, à ce labeur, à ces enchevêtrements ; et à l’essence vitale. Je reviens à l’image parce que je les re-connais, quelques fois ; parce qu’il y a cette étincelle au fond de leurs regards…

Je goûte avec un bonheur sans nom ce Retour de Lilith. Je frissonne. Je souris. Les poils se hérissent sur mes bras, parfois.

Et parfois, des larmes montent à mes yeux.

Je suis à nouveau amoureux !



A.T. 07/02/2010 21:57

(1) Le Retour de Lilith, de Joumana HADDAD, éditions L'inventaire - 2007 - ISBN 978-2-910490-96-6

 

 


Par A.T.
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Samedi 20 mars 2010 6 20 /03 /Mars /2010 01:21

Un écrit hébreu du Xème siècle, nommé l’Alphabet de Yeshoua Ben Sirah, raconte le mythe de Lilith la première femme créée par Dieu à l'égal d'Adam avant Eve. En voici le début:
« Dieu créa Adam et vit qu’il était seul. Il dit : "Il n’est pas bon pour un homme d’être seul". Alors, Il créa une femme, à partir de la terre comme Adam et Il l’appela Lilith. Adam et Lilith se querellèrent. Il lui dit : "Je ne me coucherai pas sous toi, mais seulement au-dessus de toi. Tu es faite pour être dessous, parce que je te suis supérieur". Lilith répondit : "Je ne me coucherai pas sous toi mais sur toi. Nous sommes égaux, nous avons été créés de la même terre". Aucun des deux ne voulut céder. Quand Lilith le vit, elle prononça le Nom Ineffable et partit dans les airs. »


Bien que créés de manière égale, un différent nait entre cette première femme et ce premier homme, dont le prétexte est la manière selon laquelle ils feraient l’amour ; alibi dissimulant de façon symbolique le conflit des prétentions à la suprématie sociale. Lilith conteste les revendications de son semblable à être le chef. Elle veux l’équivalence de ses droits au sein du couple. Devant l’intransigeance d’Adam, elle invoque le nom de l’Ineffable, et reçoit miraculeusement des ailes, aussi quitte-t-elle par les airs le jardin d’Eden. Adam a le cœur brisé.
Ému, le créateur envoit trois anges à la recherche de Lilith. Pourtant, celle-ci ne veut rien entendre, malgré la sentence du seigneur qui est qu’elle mettra au monde de nombreux enfants et que 100 de ses fils mourront chaque jour...

 

.....


« Adam eut, comme je vous l’ai dit, une première femme dont la Bible ne parle pas, mais que le Talmud nous fait connaître. Elle se nommait Lilith. Formée, non d’une de ses côtes, mais de la terre rouge dont lui-même était pétri, elle n’était pas la chair de sa chair. Elle se sépara volontairement de lui. Il vivait encore dans l’innocence quand elle le quitta pour aller en ces régions où les Perses s’établirent de longues années après et qu’habitaient alors des préadamites plus intelligents et plus beaux que les hommes. Elle n’eut donc pas de part à la faute de notre premier père et ne fut point souillée du péché originel. Aussi échappa-t-elle à la malédiction prononcée contre Ève et sa postérité. Elle est exempte de douleur et de mort ; n’ayant point d’âme à sauver, elle est incapable de mérite comme de démérite. Quoi qu’elle fasse, elle ne fait ni bien ni mal. Ses filles, qu’elle eut d’un hymen mystérieux, sont immortelles comme elle et, comme elle, libres de leurs actes et de leurs pensées, puisqu’elles ne peuvent ni gagner ni perdre devant Dieu. Or, mon fils, je le reconnais à des signes certains, la créature qui vous fit tomber, cette Leila, était une fille de Lilith.»
D’après la nouvelle de Anatole France, « La fille de Lilith », 1924.



Par A.T.
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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /Avr /2010 01:27

Puis Dieu créa la femme à son image. Au septième jour il la créa de terre dans un débordement de vie.

De son idée d'elle-même il la créa, Lilith, dont les yeux sont comme un amour ajourné


...


Lilith, le péché pieux
Celle dont l'heure est venue
La poétesse des démons et la démone des poètes
Puisez-la des rêves arrondis comme la couleur bleue
Et ne vous en contentez point.

 

Joumana HADDAD, Le Retour de Lilith – Commencement second (extrait).

Par leretourdelilith.over-blog.com
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Jeudi 12 août 2010 4 12 /08 /Août /2010 21:58

 

 

Lilith001.jpg

 

2010

Bas-relief 100 x 300 cm

Aluminium patiné et brulé, sang

 

Par almar
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Jeudi 12 août 2010 4 12 /08 /Août /2010 22:04

 

 

Lilith002.jpg

 

2010

Bas-relief 100 x 300 cm

Aluminium patiné et brulé, sang

Par almar
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Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 23:42

Expo-copie-1.jpg

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Par almar
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Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 23:49

...

Lilith.jpg

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Par almar
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